25/06/2013

Cap’Agora : les migrations vues par le prisme des récits de trois écrivains issus de la diaspora africaine


Le mercredi 5 juin dernier, le Carrefour des Associations Parisiennes (CAP) et l’association Paroles d’Hommes et de Femmes ont organisé à Paris une rencontre avec trois écrivains migrants originaires d’Afrique de l’ouest. Pendant plus de deux heures, Yaya Sickou Dianka et Djiby Sy, d’origine sénégalaise, et Thierno Bah, d’origine guinéenne, ont narré leur parcours de vie face à un large public. L’enfance, les études, la quête d’identité(s), les violences politiques et l’assujettissement, l’exode ou l’exil, puis l’engagement des diasporas ont été les principaux sujets abordés lors de cette table ronde animée par Frédéric Praud, écrivain-public biographe au sein de l’association Paroles d’Hommes et de Femmes. 

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Thierno Bah (Guinée) : fils d’imam peul devenu médecin

Il est 18h. “Droit d’ainesse” oblige, c’est Thierno Bah, 79 ans, médecin à la retraite, qui entame la table ronde. Issu d’une famille d’imams peuls (ancêtres venus du Mali), né en Guinée, Thierno nous raconte en préambule l’ouverture vers 1912 des premières écoles chrétiennes par la colonisation française, et les réactions que celà engendre. En effet, à l’époque, les imams interdisent aux familles de Conakry d’amener leurs enfants dans ces écoles qui sont selon eux contraires à la loi coranique.

Au fur et à mesure qu’ils côtoient les “blancs”, les imams (à commencer par le grand-père de Thierno) comprennent l’envie des français de participer à la construction du pays. Peu à peu, ils lâchent du lest et autorisent la population à se scolariser dans ces établissements catholiques français.

C’est ainsi que Thierno ne suit pas la « lignée » qui le destine à être lui-même imam. Peu après 1945, il se retrouve dans le premier collège de France de Guinée, dans lequel les programmes sont identiques à la métropole. « Nous étions contents d’apprendre et d’avoir des pédagogues pour nous former » nous confie-t-il. Mais la sélection est rude. A l’époque, seulement 2 ou 3 élèves obtiennent leur brevet sur une classe de 30 élèves. Thierno est l’un de ceux-là.

Ne pouvant poursuivre ses études en Guinée, il part à Dakar où il parvient à intégrer le lycée français. Il est alors confronté pour la toute première fois aux discriminations. « Nous avons rencontré un professeur d’anglais “raciste”. Il nous disait sans cesse des phrases du type “Vous serez des étudiants à vie”, “Vous êtes des nègres”… » se rappelle-t-il. Pourtant, malgré ces insultes, Thierno est un très bon élève, souvent bien meilleur que les “blancs”. L’évocation de cette anecdote lui fait venir un sourire aux lèvres.

En 1954, Thierno obtient le baccalauréat et poursuit son cursus par trois années d’études de médecine. Ce fils d’imam deviendra médecin.

En 1955 débute la période anticolonialiste à laquelle il prend part pour lutter pour l’indépendance de la Guinée et vaincre le travail forcé et l’assujettissement.

Djiby Sy (Sénégal) : l’exode vers la France, à la recherche d’une vie meilleure

Au tour de Djiby Sy de raconter son histoire, bien différente du doyen. Contrairement à Thierno Bah, lui n’est jamais allé à l’école. « Les chrétiens avaient plus de facilités pour étudier que les musulmans africains. Nous avions tous peur de la désertion » explique Djiby. Au temps de son enfance, la pression religieuse sur les familles qui envoyaient leurs filles et fils à l’école française était telle que la déscolarisation dans son village était très forte.

Ex-berger des moutons de son père, Djiby Sy relate ensuite avec émotion une période traumatisante d’esclavage ethnique. Pourquoi quitter le Sénégal pour la France ? « Ma génération commence à partir en Europe pour l’argent, je quitte donc le village comme beaucoup d’autres jeunes le font, c’est-à-dire sans raison principale, seulement pour un besoin matériel » explique-t-il.

Vers 1961, lorsque Djiby débarque en France, il n’arrive pas en terre totalement inconnue puisque son père, marin, est déjà en France. Avec plein d’humour, il nous retrace son arrivée à Marseille et son étonnement « de voir des “blancs” travailler au Port. Je ne pensais pas que c’était des français mais plutôt des espagnols ».

Yaya Sickou Dianka (Sénégal) : des champs aux bancs de l’école

Dans la lignée de ses prédécesseurs, Yaya Sickou Dianka confirme qu’il était difficile de remplir les classes françaises au Sénégal lorsqu’il était enfant, et même si une première génération d’élèves était passée avant lui. « Il était très mal vu pour des raisons idéologiques et religieuses d’étudier dans les écoles françaises » précise-t-il.

Tout jeune, Yaya a donc commencé à travailler au champ, suivant vers 7-8 ans un enseignement coranique. Et un jour, le chef du village vient l’arracher des champs pour rejoindre l’école française. Entre 1960 et 1970, il s’instruit auprès d’enseignants français dans des constructions sommaires, en extérieur, faites de blocs de parpaings. Il se rappelle alors qu’à cette époque le docteur du village refusait de les soigner au motif de leur scolarisation dans un établissement français. En 1985, Yaya débarque en France pour poursuivre ses études après le baccalauréat.

Des migrants engagés et attachés au développement de leur pays d’origine

Au cours de cette rencontre, Thierno Bah nous raconte également son exil de 26 ans en Côte d’Ivoire et en France, et sa quête d’identité(s) et d’attache(s). « Après mon long exil, je reviens en Guinée mais je me rends compte très rapidement que j’ai perdu tous mes repères. En plus, jusqu’en 2006, la Guinée connaît un sentiment de rejet des diasporas ». Thierno retourne donc en France, là où finalement il se sent “chez lui”.

Pour autant, il ne rompt pas avec son passé, avec là-bas. « Je ne peux pas renoncer à mon pays d’origine. Je serai frustré de n’avoir rien pu faire pour ce pays. Je le défendrai tant que je suis en vie ». Lorsque deux personnes du public l’interpellent sur la question de la diaspora et de l’avenir de celle-ci, le “sage” Thierno Bah a un avis très tranché. Il répond en deux points : « Tout d’abord, il faut que les africains de la diaspora incarnent les valeurs traditionnelles et ancestrales qui ont été détruites. En ce sens, je suis “pour” la rédaction d’un “manuel des valeurs”. Aussi, il faut organiser des réunions rassemblant toutes les compétences intellectuelles du continent afin de prendre des mesures concrètes pour le développement de l’Afrique, et ce sur les cinquante prochaines années ».

L’attachement et l’engagement envers le développement de son pays d’origine, c’est aussi le combat de Djiby Sy. Depuis plus de trente ans, il se mobilise pour diverses associations franciliennes, formant de nombreux militants et défenseurs des causes des migrants.

Prônant l’“intergénérationnel”, il partage au quotidien les valeurs solidaires avec ses enfants et aux habitants de sa commune. Très investi et de nature plutôt optimiste, Djiby n’en oublie pas pour autant que la route est encore longue et indécise pour le continent africain : « On (ndlr : les migrants) est venus pour sauver l’Afrique mais aujourd’hui on ne sait pas comment s’en sortir » nous avoue-t-il.

Avant que Yaya Sickou Dianka ne conclue en regrettant un manque de cohérence, de vision d’ensemble et d’organisation de la diaspora africaine.

21/05/2013

Niokobok, la boutique en ligne au service de la diaspora sénégalaise et de leurs familles

Niokobok (“on est ensemble” en wolof) est une start-up créée à Dakar (Sénégal) en juillet 2012 par Laurent Liautaud. Ce français, trentenaire, diplômé en Sciences Politiques et en management, a fondé Niokobok pour aider les membres de la diaspora sénégalaise à mieux soutenir leur famille. Elle offre via son site web un service de commande de divers produits de consommation courante ainsi que d’équipements solaires.

Dans un entretien, Laurent Liautaud nous confie sa joie d’entreprendre en Afrique et au service de la diaspora sénégalaise. Il pose également son regard sur le développement de l’Afrique, du Sénégal et l’impact des transferts d’argent sur l’économie locale.

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Tout d’abord, d’où vous est venue cette idée d’entreprendre en Afrique ?

Après mes études en Sciences Politiques et en management, j’ai commencé à travailler dans l’industrie en France, puis très rapidement je suis allé exercer dans les pays émergents, notamment dans les secteurs de la “grande consommation” et du “conseil”.

Entre 2004 et 2006, j’ai connu l’Afrique et les marchés africains au Mozambique, où je travaillais pour Unilever sur des problématiques de distribution rurale. J’ai alors compris à quel point il était possible de combiner “entrepreneuriat” et “changement social”. Encore plus en Afrique, où je pense que de grandes innovations sociales et technologiques se produiront. De là est né mon désir d’entreprendre en Afrique, et au Sénégal plus précisément.

Et qu’avez-vous fait après cette expérience mozambicaine ? 

J’ai vécu une aventure plus personnelle. Avec mon épouse, nous avons traversé pendant six mois l’Afrique, de Maputo à Tunis. Occasion pour nous d’écrire un recueil de portraits des personnalités que nous avons rencontrées. Parmi eux, des entrepreneurs, qui m’ont beaucoup marqué et inspiré au cours de ce voyage.

Ensuite, vous êtes revenu en France, mais finalement pour repartir assez rapidement en Afrique ? 

Oui, effectivement, après cette traversée de l’Afrique, j’ai fait une courte parenthèse en France. A mon retour sur le sol africain (ndlr : au Sénégal), j’ai été directement frappé par le boom technologique qui s’était produit dans le pays.

A l’origine, je voulais simplement créer une chaîne de boutiques sur le principe des “magasins de référence”* qui existent au Sénégal mais en côtoyant d’autres entrepreneurs qui travaillaient sur des agences à la mécanique “Facebook”, j’ai réalisé que c’était sûrement une erreur aujourd’hui de ne pas inclure les nouvelles technologies dans mon modèle économique.

* Boutiques dans lesquelles il est recherché d’avoir les prix les moins chers

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02/04/2013

Les bailleurs européens se mobilisent pour une réflexion renouvelée sur la thématique « migration et développement »

 

visuel_afd_2.jpgDans le cadre des prochains grands rendez-vous internationaux liés à la thématique “migration et développement”, à savoir le Dialogue de Haut Niveau sur les migrations internationales et le développement  (3-4 octobre 2013)et les réflexions menées dans le cadre de l’agenda post-2015, les bailleurs, notamment les bailleurs européens, réfléchissent à de nouvelles pistes pour explorer les interactions entre migration et développement.

Vers un élargissement des domaines d’intervention du cadre politique “migration et développement”

Plusieurs bailleurs européens ont récemment manifesté leur volonté de renouveler l’approche migration et développement en dépassant les secteurs traditionnels d’intervention : mobilisation de la diaspora, transferts de fonds, fuite des cerveaux, migration circulaire. Ils souhaitent désormais que la migration soit envisagée en tant que secteur propre de la politique de développement. La Commission européenne (DG DEVCO) et la France en particulier, ont manifesté leur volonté de déconnecter les interventions dans le domaine migration et développement de la gestion des flux migratoires.

L’approche élargie de la thématique « migration et développement » conduit les bailleurs concernés à vouloir explorer davantage les secteurs de travail suivants :

  • La gouvernance des migrations Sud-Sud

Il s’agit  notamment de l’appui à l’élaboration de politiques publiques « migration et développement » dans des corridors Sud-Sud et à la réduction des coûts de transferts de fonds sud-sud. A ce titre, la Commission européenne travaille actuellement avec l’OCDE à la réalisation d’une étude sur l’évaluation de la contribution des migrations au développement des pays de destination du Sud.

  • La mobilité dans les processus régionaux

De nombreux processus régionaux sont en cours de développement au Sud. La mobilité est une clé d’une intégration facilitée, comme l’exemple européen le prouve. Un appui à la prise en compte de cette dimension est donc envisagé par plusieurs bailleurs, en particulier la Commission européenne.

  • La participation des autorités et communautés locales aux projets “migration et développement”

L’importance de la dimension locale dans les initiatives migration et développement est largement reconnue. Il existe aujourd’hui une volonté partagée de travailler davantage avec les autorités locales des pays d’origine et de destination. C’est notamment l’objet du programme “Joint Migration and Development initiative”, issu de la collaboration du PNUD, de la Commission européenne et de la Suisse.

  • L’intégration de la migration dans les stratégies de développement

Sur la base du guide développé par le Global Migration Group « Mainstreaming migration into development planning », des projets pilotes visant à favoriser l’intégration des questions migratoires dans les stratégies de développement des pays d’origine ont vu le jour, avec le soutien de la coopération suisse. Il est aujourd’hui reconnu que ce travail d’intégration transversale est essentiel pour assurer la cohérence des politiques et une gestion optimale du phénomène migratoire.

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04/10/2012

Convergences 2015 : temps forts de la conférence « Comment mieux associer la population et la société civile aux projets de développement ? »

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Du 19 au 21 septembre s’est déroulée à Paris la 5e édition du Forum mondial Convergences 2015, un évènement clé dédié aux objectifs du millénaire pour les partenariats innovant contre la pauvreté. Cette manifestation rassemblait 3 000 experts et décideurs internationaux.

L’équipe d’Envoi d’argent a répondu présent à ce rendez-vous mondial. Nous avons notamment assisté à la conférence “Comment mieux associer la population et la société civile aux projets de développement ?”. Les débats étaient animés par Elodie Vialle, rédactrice en chef du site youphil.com. Pour intervenir étaient présents Flavio Bassi, Directeur d’Ashoka ; Mansour Fall, Spécialiste de l’efficacité des programmes chez World Vision International ; Bénédicte Hermelin, Directrice générale de GRET ; Tristan Lecomte, Fondateur de Pur Projet.

Le contexte est le suivant : un nombre croissant d’acteurs publics et privés cherche à associer la population et la société civile aux différentes étapes de conception et de réalisation de leurs projets.

Quels sont les objectifs poursuivis par cette démarche ? Quelles sont les solutions pour mieux associer la population aux projets de développement ? Quelles sont les difficultés rencontrées dans ces démarches ? sont quelques-unes des questions auxquelles ont répondu les intervenants.

Voici les temps forts !

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